
Le nom scientifique Helianthus, du grec helios = soleil et anthos = fleur, est la traduction même du nom vernaculaire. Il est mentionné pour la première fois dans les Métamorphoses d’Ovide (43 av. J.C. à 17 ap. J.C.) : Clytia, une nymphe amoureuse d’Apollon, dieu du soleil, est malheureuse à cause de Leukothea, qu’Apollon lui préfère. Prise de jalousie, elle informe le père de Leukothea, réputé par sa sévérité, de la liaison secrète de sa fille avec Apollon. Celui-ci apprenant que sa fille est enceinte la fera enterrer vivante. Apollon horrifié repoussera à jamais Clytia, laquelle va pleurer tout son saoul sur un rocher, les yeux fixés sur le soleil. Zeus, pris de pitié, la changera en fleur au bout de neuf jours. Cette fleur est décrite avec des pétales toujours orientés vers le Char d’Apollon. Etant donné qu’à l’époque d’Ovide, le Tournesol n’était pas encore connu en Europe, le poète faisait vraisemblablement allusion au solstice d’été (heliotropium), dépendant lui aussi du soleil.
Dans son habitat mexicain, le Tournesol est cultivé depuis plus de 4000 ans. Les Aztèques en faisaient un usage aussi bien rituel que politique. Il représentait leur dieu du soleil et son modèle en or pur ornait tous leurs temples ; les prêtresses aztèques portaient, elles, des couronnes de vraies fleurs. Chez les autochtones américains, les graines étaient pilées, puis transformées en farine, à des fins alimentaires ou comme médicament contre les morsures et les piqûres d’insectes, notamment des scorpions et des araignées venimeuses.
Les graines de tournesol furent introduites en 1552 en Europe par les Espagnols. Le naturaliste, médecin et botaniste allemand Lonicerus (1528-1586) mentionna cette plante exotique en tant qu’aphrodisiaque dans son herbier médicinal paru en 1557. A partir du 17ème siècle, on découvrit en Europe qu’il était possible de cuire ou de torréfier les graines comme substitut du café et du chocolat. Leur exploitation pour l’obtention d’huile ne remonte qu’au 19ème siècle.
Si l’on observe maintenant de près la disposition des feuilles et des fleurons, il y a de quoi être fasciné. Ouvrons auparavant une petite parenthèse logarithmique : les fleurons et les feuilles de la tige croissent l’un après l’autre suivant des axes qui se coupent en formant le célèbre angle d’or. Il est obtenu en divisant la circonférence (360 degrés) d’un cercle proportionnellement à la section d’or. La section d’or désigne un certain rapport de longueurs : deux segments de droite forment une proportion d’or lorsque la droite entière est au plus grand segment comme le plus grand segment est au plus petit. En matière d’Art et d’Architecture, cette proportion incarne l’Esthétique et l’Harmonie divines. La suite des nombres Fibonacci est un exemple de ce principe d’or : elle se calcule à l’infini à partir simplement de 0 et 1, le nombre suivant étant obtenu en additionnant les deux termes précédents. Le quotient de deux nombres consécutifs de la suite de Fibonacci se rapproche de plus en plus des valeurs croissantes de la section d’or. Ces suites de nombres se retrouvent dans la structure du Tournesol, tout à sa tendance naturelle : diriger de manière optimale ses feuilles vers le soleil. Il y parvient quand celles-ci ne se font pas de l’ombre. Pour cela, les distances entre elles correspondent à la suite Fibonacci. La structure de la fleur s’appuie sur ce même principe. Les fleurons implantés en angle d’or forment des parastiches (début de spirale) directes (enroulement vers la droite) et indirectes (enroulement vers la gauche). Une fleur contient le plus souvent 34 parastiches indirectes et 55 parastiches directes – deux termes consécutifs de la suite Fibonacci. Avec cette disposition, l’espace dans le réceptacle est utilisé au maximum.
L’utilisation du Tournesol est largement diversifiée. Buvant beaucoup, elle sert à drainer les sols, comme en Hollande où il rend habitables des contrées humides et bourbeuses. La tige sèche est un bon allume-feu qui se laisse aussi transformer en papier. Quant aux bourgeons non éclos, leur préparation façon artichaut, en fait un délice.
Le genre Tournesol comprend également le Topinambour originaire du Brésil (Helianthus tuberosus) dont les tubercules étaient une source de nourriture importante dans l’Europe du 17ème siècle.